Monnaies locales : où en sommes-nous ? | L’économie autrement | Les journées de l’économie autrement

Comment fédérer tous les acteurs qui regardent les transitions dont notre société a besoin ? C’est la question que les cinq intervenants de la conférence-débat « Monnaies locales complémentaires, où en est-on ? », organisée lors du 7e édition des Journées de l’Economie à Dijon, le 25 novembre 2022.

Autour de Christophe Fourel (ancien président des lecteurs de l’Association des alternatives économiques), étaient présents pour débattre Marie Fare (maître de conférences en économie à l’Université Lumière Lyon 2), Charles Lesage (délégué général du Mouvement Sol), Frédéric Tiberghien (président de la Foire) et Marie Vitoux (députée de la Ville de Nantes).

Les monnaies locales comme mode d’action pour la transition ?

Les monnaies locales complémentaires (MLC) sont apparues en France à la fin des années 2000. La loi d’économie sociale et solidaire (ESS) de 2014, dite « loi Hamon », a permis leur multiplication. Près de 80 monnaies locales sont aujourd’hui actives dans les territoires, chacune porte un projet socio-économique alternatif, ainsi qu’une vision de l’organisation sociale différente du modèle conventionnel. En s’appuyant sur des valeurs économiques, sociales, écologiques et démocratiques, ces monnaies alternatives offrent à leurs utilisateurs la possibilité d’agir et de consommer autrement.

Les monnaies locales sont dites « complémentaires » : en ce sens, elles ne se substituent pas à l’euro, et respectent le principe de convertibilité (un euro est égal à une unité MLC). Par exemple, euro est égal à eusko, stück ou même doom. Outre cette complémentarité, les MLC créent du lien social et agissent comme un multiplicateur de dépenses locales pour le territoire. Selon Marie Fare, le chiffre d’affaires des entreprises ayant adhéré à une monnaie locale comme moyen de paiement a augmenté de 8 à 16% depuis l’adhésion à la monnaie en question.

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L’exemple de Moneko

Comme l’a souligné Marie Vitoux, les monnaies locales sont aussi un important levier de progrès sur les enjeux économiques, sociaux, écologiques et démocratiques des collectivités locales. L’exemple du déploiement de la monnaie locale Moneko à Nantes, expliqué par Marie Vitoux, montre le rôle des collectivités auprès des MLC.

Le premier signe de soutien politique est le soutien de Nantes Métropole à Moneko : c’est un soutien symbolique fort, car Nantes Métropole affiche sa volonté de contribuer à l’expansion de cette monnaie. Moneko sert aussi à nouer des partenariats avec le monde culturel. Cette monnaie est également mobilisée par la collectivité locale dans le cadre de ses achats publics. Une partie des salaires des élus et des agents publics est également versée à Moneko, principalement à travers le paiement des indemnités des élus et des salaires des fonctionnaires. Enfin, des pistes de réflexion s’articulent autour de l’idée de verser des subventions à Moneko.

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Comme pourrait le souligner Charles Lesage, les monnaies locales vont au-delà du simple aspect financier. Par exemple, il est possible d’observer que 60% des personnes qui utilisent le MLC acquièrent une meilleure compréhension des liens entre le MLC et son environnement. Les différentes entreprises insistent sur le fait qu’une personne sur trois qui utilise les MLC passe plus de temps avec les hommes d’affaires, pour discuter et débattre du projet d’entreprise et de ses objectifs.

Certaines limites

Malgré les apports de ces monnaies locales aux territoires, les acteurs ont mis en évidence certaines limites et restrictions autour de ces nouvelles monnaies qui ont une valeur socio-économique et environnementale.

Si les MLC se sont fortement développées depuis leur apparition, elles restent assez marginales par rapport au total des transactions en euros au niveau national. Face aux 3 300 milliards d’euros de transactions au niveau national, les 6 millions d’euros d’échanges en ML apparaissent encore comme une goutte d’eau dans l’océan.

Frédéric Tiberghien indique également certaines perspectives d’affaiblissement dans le développement des MLC. Il a notamment pointé les difficultés à mettre en place une monnaie locale. En s’adressant à la fois au « B2B » (échanges entre entreprises) et au « B2C » (échanges entre une entreprise et un particulier), les différents porteurs de MLC compliquent la tâche, et peinent à communiquer efficacement avec les utilisateurs potentiels.

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Frédéric Tiberghien souligne également les difficultés rencontrées par les créateurs et promoteurs de ces MLC, notamment pour organiser le passage au paiement électronique. Bien que techniquement complexe, ce passage trouve sa nécessité face à l’explosion des paiements électroniques et à la forte diminution des tickets papier, “obsolètes” en 2022.

Cette conférence-débat a mis en lumière deux points centraux : d’une part, les CLM sont l’expression de la mise en place de dispositifs cohérents, concrets et alternatifs pour les territoires, pour les citoyens et pour les entreprises qui les ont adoptés. D’un autre côté, ce système socialement et économiquement innovant est confronté à des tâtonnements et limite ses possibilités de diffusion plus large.

Mais l’avenir se construit souvent à la marge, et c’est à pied que les utopies deviennent réalité.

Ce rapport a été réalisé par deux étudiantes du Master 2 “Action publique, institutions, économie sociale et solidaire” (APIESS) de l’Université de Lille, dirigées par Florence Jany-Catrice.

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